Слушай, давай вернёмся...

Publié le par D.J.

Imaginez le concert de votre équipe de football préférée. Que ce soit une équipe classique comme le Brésil des années 50, ou plus moderne comme le Real Madrid des années 2000, Manchester United version rock de Best ou pop de  Beckham, peu importe. Lors de ce concert, l'équipe de votre choix jouera tous ses meilleurs titres passés. Des roulettes de Zidane aux débordements de Garrincha, des transversales de Guardiola aux reprises de Trézéguet ; un coup-franc de Del Piero, peut-être, ou quelques dribbles de Maradona. Y êtes-vous ?

 

C'est le soir. Une grande salle ni dans le centre-ville, ni en banlieue, comme dans le no man's land des mélodies du souvenir. Vous êtes venu plutôt seul, peut-être accompagné. On déchire votre billet, vous entrez ; une bière, deux bières pour patienter. La fosse s'est remplie : ça va commencer. Y êtes-vous vraiment ?

 

Sifflets, applaudissements. Ça y est, les artistes montent sur scène comme à leur plus belle époque. Ce soir, pas de match mais un concert de jubilé, sans autre surprise que le contenu exact de la feuille de match. De toute façon les joueurs interpréteront leurs plus grands succès, leurs plus belles actions pour vos yeux ébahis. Des actions de plus de dix ou vingt ou cinquante ans !

 

Le rythme est soutenu, à peine un voisin ronchon vous fait-il remarquer les changements de guitares ou de chaussures entre deux morceaux : pauvres petites choses matérielles qui supportent mal de remonter le temps. Les actions s'enchaînent, les joueurs défilent avec l'histoire de votre club. Ils combinent les trophées, redoublent les passes, haranguent le public, centrent, frappent, but ! C'est un quart de finale de coupe de l'UEFA, tête et but de Kombouaré, le Parc chavire. C'est Boli à Munich. C'est Schumacher à Séville. C'est le Maracana le 16 juillet 1950.

 

C'est une finale de coupe du monde. Pénalty. Panenka. But. Quel est ce sanglot qui monte de votre coeur le long de votre gorge ? Est-ce de connaître la triste suite qui vous émeut ainsi ? Un frisson s'est emparé de vous et parcourt votre corps, vous êtes glacé. Ça y est, vous y êtes, ce jour-là, ces minutes où, ce match, vous l'avez regardé. Vous êtes tout ce temps en arrière. Voici votre jeunesse à nouveau, voici les posters de votre chambre accrochés jusqu'au plafond. Vous criez comme vous criiez alors : le cri de joie et de surprise est toujours aussi puissant en cri de joie et de nostalgie.

 

Vous vous rappelez où vous étiez, ce que vous faisiez alors. Un autre appartement, une autre vue de la fenêtre d'une autre chambre, d'autres amis. Un travail, des études peut-être. D'autres rêves qu'aujourd'hui. Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse ? Tant de choses, sûrement. Pourtant le souvenir reste piquant : la nostalgie n'est qu'un regret qu'on veut faire passer pour de la poésie.

 

Mais désireriez-vous retourner en ce temps-là ? Autre ville, autre pays, autre continent, autre âge, autres tous. Aimeriez-vous revivre tout cela de nouveau comme pour la première fois ? Écouter Чайф ou les Rolling Stones ou Schönberg pour la première fois ? Vous étonner d'un exploit des Verts ? Pleurer avec Boli ? Pleurer à cause de Zidane ?

 

Le concert aussi s'est terminé. Les artistes sont partis, comme à la fin de leur plus belle jeunesse. Il restera dans votre mémoire comme un souvenir de souvenir. Car demain, il y aura un autre matin. Mais si vous voulez réellement revoir, refaire, revivre tout cela, alors veuillez-le exactement de la même manière, ni plus, ni moins, ni meilleur, ni plus beau. La même chose, les mêmes lieux, les mêmes joies, les mêmes erreurs. Pour que dix, vingt ou cinquante ans plus tard les mêmes regrets vous inquiètent, et que la même nostalgie vous rassure : Vous avez bien vécu.

Publié dans Musique

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dad 22/11/2010 12:04


Le foot, comme la chanson populaire, adore la nostalgie. La différence, c'est qu'on peut assister aux concerts des vieilles gloires de la chanson, qui font un tabac, mais pas des vieilles gloires
du foot. Sheila peut toujours chanter L'Ecole est finie en 2010. Fontaine ne peut pas marquer ses 13 buts de 58 aujourd'hui. Heureusement