Alain Finkielkraut, leur frère par les armes.

Publié le par Enragé

(Article initialement paru le 21 juin 2010 sur le site de la-rage-et-le-ballon)

 

Chaque fait de jeu a son spécialiste. Pour les rencontres internationales, il y a Pascal Boniface. Pour la morale il y a Alain Finkielkraut. L'un ressemble à Didier Deschamps, infatigable travailleur, analyste indéboulonable, docte et contestable. L'autre est plus Christophe Dugarry voire Franck Ribéry. Comme le premier il triche dans la surface de réparation, comme le second il se bagarre dans les cours de récré.

 

Alain Finkielkraut se présente comme philosophe. Philosophe et éducateur. Engagé.

 

En philosophe engagé, il a pris le taureau par les cornes : "décérébrés", "communiqué imbécile", "petites frappes". Insulté comme tous les Français et comme ces enfants venus en vain assister à l'entrainement des Bleus, il se porte sur le terrain de son agresseur et lui répond avec les mêmes mots. Dialectique imparable : si on te frappe la joue gauche,  montre la fesse droite. Presque du Nietzsche.

 

En éducateur engagé, il ne peut que regretter le comportement du professeur Raymond, qui aurait dû sévir, sévir, et sévir. Et ne pas jouer le match de demain : Châtiez les criminels, au nom de notre honneur ! Il nous faut savoir ce qui a été dit dans le vestiaire, il nous faut confondre le menteur - Anelka ? Escalettes ? Domenech ? Lorsque trois versions s'opposent, au moins une ment. Là on est chez Platon. Trouvez le traitre ! Enquêtez : Locke, Hume, Kant sont avec vous !

 

La pensée engagée est une belle chose quand elle reste à l'abri du préau de la cour. Alain Finkielkraut répond à Patrice Evra, prêt à lever la main sur lui. Ne pas jouer le dernier match, voilà la solution. Renoncer à tous nos engagements. Aller au bout. Au diable les conséquences : du panache ! La pensée engagée connait la mesure des choses : contre la transparence politique, pour la transparence des vestiaires (N.B. : Socrate aussi aurait préféré voir  Gourcuff  nu plutôt que Sarkozy). Les plus hauts personnages de l'Etat parlent mal, insultent les simples citoyens, mais c'est différent. Finkielkraut serait insulté par un étudiant, il "ne garantit rien de sa réaction", car c'est différent. Nous avons quitté Kant. Nous avons quitté Platon. Nietzsche ? Perdu de vue.

 

Alain Finkielkraut est l'homme de la grande et belle morale, du beau-parler, de la politesse, de l'honneur. L'homme de la culture et de la connaissance. Un homme hors du commun. Pourtant, il ressemble à Gégé, un voisin de comptoir, qui oublie toutes ces belles choses dès qu'il s'agit de parler un peu sérieusement. Et qui devient comme Ribéry, comme Anelka, comme Sagna, qui eux, au moins, ont l'excuse de ne jamais avoir lu Kant. Ni Descartes. Ni Hume. Ni Platon. Et qui n'ont jamais prétendu autre chose.

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