Bonnet blanc et blanc bonnet.

Publié le par Julababa

Raymond Domenech a été raillé, haï, hué, conspué, détesté, enguirlandé pour sa détestable communication, son dédain et sa condescendance. Il savait tout, il avait tout prévu jusqu'à la catastrophe ; alors, il était comme tout le monde, miné, désorienté, désemparé. Cela ne le rendait pas beaucoup plus aimable aux yeux des supporteurs : ce visage humain, il le montrait trop tard, alors que tout le monde savait depuis longtemps que l'aventure finirait mal. Un entraîneur décalé, voilà ce dont les Français semblent ne plus vouloir.

 

Fin tacticien, le chevalier Blanc l'a compris. Debout sur la selle de son destrier arménien, il a aperçu le boulevard tout tracé de sa nouvelle communication : être l'anti-Domenech. Son prédécesseur protégeait son groupe et ne parlait pas tactique, lui, il annonce du beau jeu et suspend vingt-trois joueurs. Il n'est plus d'autre maître à bord que lui, le grand, le beau, le moraliste à la vue binoculaire, à l'accent d'Oc et à l'ouïe décasquée.

 

Auréolé d'un titre immortel de Champion du Monde 98, privé par un fourbe Croate de finale et martyr pour cela dans nos coeurs, reconverti en entraîneur Champion de France avec les félicitations de Sir Alex, le chevalier Blanc est un héros populaire. Il sait son poste précaire, c'est pourquoi il a déjà rendu les armes aux peuples dans une harangue homérique : "Ô Peuple, je jure devant tes Saints dont je fis partie, que je donnerai tout ; à toi de décider : hue-moi si tu le veux, encourage-nous si tu le souhaites, tu es le Maître du maître." Ce discours, sachez-le, reprend en termes chevaleresques un poème de Francis L. paru dans Onze-et-un Régionaux en septembre 2002 :

 

"Allez Bébert, Allez Arnaud,

Je vous en prie,

Plus de Lémerre, Tout est fini,

On recommence à zéro."

 

Douces paroles, ma foi. Et belle idée, doux aïeux, que d'avoir enfin un sélectionneur proche du public ! Un sélectionneur en phase...

 

Le drôle dans tout ça, voyez-vous, c'est que pour être en phase avec le public, il a fallu se mettre en porte-à-faux avec le calendrier. Dans la même harangue, entre une demande d'indulgence et un appel aux encouragements, le sélectionneur se plaint : il n'a que trois jours pour préparer un-match-hautement-important-dans-l'optique-de-la-qualification-pour-l'Euro-2012. "Trois jours, monsieur le Président ? - Mardi, mercredi, jeudi. - Et lundi ? - Récupération. - Et le mois d'août ? - Vacances. - Et Oslo ? - Châtiment, chasse à la taupe, chat perché, chagrin d'amour, etc." Manie des Présidents de se mettre en état d'urgence pour se donner le temps et le crédit qu'ils avaient déjà.

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