Calendrier de l'Avent 2010 : 1.

Publié le par A. Crampon

Le mois de décembre est arrivé avec son cortège de sapins, de guirlandes, de flocons de neige, de préparatifs, d'emballages, de rétrospectives, de regrets, de souhaits et de joies. Et puis il y a les calendriers de l'avent. La tradition n'a pas toujours voulu que se cachent derrière chaque petite fenêtre un chocolat ou un jouet. Longtemps, ce furent de simples mots d'espoir ou un verset de la Bible.
Chaque jour qui nous sépare de Noël, nous proposerons au lecteur un extrait des évangiles* accompagné d'un commentaire. Nous nous efforcerons de tenir cet engagement quotidien, sans trop nous faire d'illusion : qui n'a jamais ouvert à l'avance trois ou quatre fenêtres, pris le chocolat et refermé ? et qui n'a jamais laissé passer deux ou trois jours pour, confus et penaud, se rattrapper d'un coup au quatrième ?**
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"Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu." Jn, I, 1.
 
Quel est ce verbe au commencement ? Ce pourrait être "gagner", car c'est l'objectif final. Ce pourrait être "marquer", car c'est le moyen de cette fin. Mais alors, défendre ? Car marquer sans défendre n'est que ruine du match. Nous faisons fausse route.
 
Le Verbe, c'est le logos grec. Il est fréquent d'expliquer ce Verbe comme étant la Parole, mais d'un mot à expliquer nous en ferions deux. Afin de conjurer l'inflation, citons l'allemand - das Wort -, l'anglais - the Word -, le russe - Слово et le lecteur curieux continuera seul. Il s'agit donc du mot, de l'acte de parler, du contenu du discours, d'une forme d'organisation structurée par la parole, de tout cela à la fois et d'autre chose encore.
 
Le coup d'envoi d'un match de football est donné par le sifflet strident d'un arbitre privé de parole ! Pauvre Verbe : sommes-nous au stade comme au Paradis Perdu ? Peut-être pas, si on considère que le jeu requiert des joueurs qu'ils s'expriment. Les séminaristes levés aux aurores côtoient souvent lors de leurs promenades matinales les footballeurs dominicaux - footballeurs du dimanche, footballeur du Seigneur. Il fait frais ou froid. La brume et la grisaille des matinées d'automne résonnent de cris frustres. "Ouais" - "Oh" - "Chhhh" -"Laisse" - "Là" - "Derrière" - Ça vient". Etc. Puis ils s'approchent, intrigués par la bête en short. Entre les cris ils voient des heurts, des courses arrêtées, des frappes déchirées, un but, des embrassades. Des joueurs se congratulent pendant que d'autres s'engueulent. Certains discutent : ils s'organisent, ils se réorganisent. C'est la mi-temps. L'entraîneur parle, le joueur répond. Même à la récré, il y a ceux qui attaquent et ceux qui défendent, décidés par un accord tacite, par un mot ou un regard.
 
Si Jean (le Baptiste) pouvait "rendre témoignage à la lumière" (Jn, I, 8), c'est parce que "le Verbe était la lumière du monde" (Jn, I, 9). Si les joueurs et les spectateurs peuvent raconter ce qu'ils ont vu, comment ils ont joué, c'est parce qu'il y a quelque chose à raconter, parce que le football ne se joue pas n'importe comment. Le football comme le monde se racontent en se faisant. C'est pourquoi nous pouvons parler de l'un et de l'autre.
 
Or le Verbe, c'est Jésus : "Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père." (Jn, I, 14) Jésus parole du monde, nouvel ordre du monde, peu importe l'interprétation, "Jean lui rend hommage et proclame : Voici celui dont j'ai dit : après moi vient un homme qui m'a devancé, parce que, avant moi, il était." Jean s'efface devant ce dont il témoigne. Il clame haut effort qu'il n'est pas le Christ, pas même le prophète (Jn, I, 20-22). Dans les récits de Matthieu (Mt, III, 13-14), Marc (Mc, I, 9) et Luc (Lc, III, 21), Jean baptise Jésus lui-même tout en reconnaissant la supériorité de celui qui baptisera "dans l'Esprit Saint et le feu" (Mt, III, 11). Mais pour un Jean-Baptiste, combien d'usurpateurs, de prêcheurs, de moralisateurs ? Parce que Jésus était Verbe, il put être témoigné, conté par les évangélistes, raconté par les traditions, commenté par les Pères, médité par certains philosophes, discuté par la critique, parodié par les comiques, joué par le théâtre, etc. Mais il put être caviardé, tronqué, menti, manigancé, brandi, coulé en épées, tiré à l'arc, évangélisé, forcé, etc., toujours avec la force des convictions bonnes et des bonnes consciences.
 
Combien d'idoles auto-proclamées vont leur train de sénateurs autour des terrains ? Journalistes, dirigeants, footix, joueurs, spécialistes, commentateurs, consultants, tenanciers, spectateurs, hooligans, supporteurs, tous à leur manière font vivre le football qu'ils transmettent et qu'ils développent. Mais combien reconnaissent au football ce qu'ils lui doivent ? Combien de supporteurs opportunistes, de commentateurs de renommée plus que de talent, de gouailles plus polémiques qu'analytiques ? Combien de joueurs de foot et combien de rouleurs de mécaniques ? Combien de casseurs de chaises, de casseurs de jambes et de briseurs de glace ?
 
Le verbe footballistique nous entoure. Il est sur le terrain, sur le banc, sur les ondes, sur les chaînes de télé, sur les comptoirs, partout ailleurs. Et pourtant, cela fait plus de deux mille ans que nous cherchons le sens du Verbe.
 
 
* Sauf mention spéciale, nous citons la dernière édition de la Traduction Oecuménique de la Bible (TOB).
** Non, nous ne sommes pas soudain devenus bégot. Nous avons trouvé bonne l'occasion de rire parfois et de réfléchir un peu avec un texte beau, profond, moderne et mal connu. Que notre lecteur s'il le souhaite, réagisse ; mais qu'il se garde de tout emportement. Surtout, qu'il aille au Texte !

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