Calendrier de l'Avent 2010 : 11.

Publié le par Julababa

Beaucoup de ces Juifs qui étaient venus auprès de Marie et qui avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. Mais d'autres s'en allèrent trouver les Pharisiens et leur racontèrent ce que Jésus avait fait. Les grands prêtres et les Pharisiens réunirent alors un conseil et dirent : "Que faisons-nous ? Cet homme opère beaucoup de signes. Si nous le laissons continuer ainsi, tous croiront en lui, les Romains interviendront et ils détruiront et notre saint Lieu et notre nation." (Jn, XI, 45-48)

 

Jose Mourinho non plus, les Pharisiens ne l'aimaient pas. Ils le trouvaient trop arrogants alors qu'il l'était autant qu'eux. Cependant lui, il gagnait des matchs et remportait des trophées.

 

En réalité, leur principal grief concernait son style : il gagnait des matchs avec des équipes organisées qui quadrillaient parfaitement le terrain. En un mot, il était un entraîneur défensif. Une honte, un crachat à la face du football. A l'heure des pelouses de qualité supérieure, des équipements de haute technologie, des stades chauffés et confortables, des droits publicitaires et télévisés mirobolants, le meilleur entraîneur du monde faisait reposer sa tactique sur le système défensif de son équipe et la récupération du ballon.

 

N'avait-on pas mis des décennies à faire haïr au monde entier le football italien héritier du catenaccio ? Ne faisait-on pas régulièrement honte à Romario, Bebeto, Raï ou Dunga, champions du monde 94 d'un Brésil réputé défensif, en leur rappelant que l'équipe de 86, bien que défaite, fut la plus belle de toutes ? A quoi bon doubler la valeur des buts à l'extérieur, favoriser l'attaque en cas de litige ou réfléchir à un bonus défensif si un jeune entraîneur prouve soudain qu'il peut y avoir du talent à défendre ?

 

Mais la défense, décrétaient-ils, ce n'est pas le football. Pour preuve, ils avançaient les jeux vidéos, qui modélisent presque uniquement le jeu d'attaque et laissent la gestion des actions de défense à l'intelligence artificielle. Ils parlaient aussi des stars, qui font le football, et qui ne peuvent s'exprimer au sein d'une équipe organisée pour récupérer le ballon plus que pour le faire vivre. Et puis au fond, personne n'aime défendre, les cours de récréation l'attestent.

 

Kantiens convaincus, les Pharisiens avaient un argument imparable : si tout le monde jouait la défense, il n'y aurait plus besoin de défendre. Marchands du temple, ils ajoutaient que personne n'avait acheté de maillot de la Grèce championne d'Europe 2004. Artistes, ils déploraient devoir portraiturer Lucio quand Eto'o, selon eux, l'aurait plus mérité. Chantres du jeu collectif, ils n'en conservaient que l'acception offensive : le collectif, c'est ce qui permet à l'idole de marquer. L'équipe, ce sont les figurants d'une pub pour Nike. Les défenseurs doivent être des victimes.

 

Mourinho est un rebelle parce qu'il fait partie des entraîneurs qui ont supprimé le rôle de victime : quand l'équipe gagne, c'est parce que Zanetti a aboyé après ses attaquants ; quand l'équipe perd, c'est que Ronaldo n'a pas fait tout son travail. De grands joueurs sont nés avec lui, comme Lampard, l'homme autour duquel Chelsea tournait, ou Maicon - l'arrière droit qui attaquait mieux qu'il ne défendait. Seul contre tous il a choisi d'offrir au spectateur esthète et sans préjugés le spectacle d'une équipe qui se déplace sans ballon, qui déborde l'adversaire par la défense, qui l'étouffe, qui recule sans perdre de terrain.

 

En vérité, il vous dirait qu'il se contente de faire jouer chaque équipe avec ses propres armes. Ça n'empêche pas les Pharisiens de mépriser les équipes dont les armes sont l'organisation défensive, la rigueur et la contre-attaque. Au nom de l'intérêt supérieur du football. Question de ventes de maillots, de droits télé et de stars virtuelles : se prendre pour Mourinho sur FIFA 2011, c'est juste impossible.

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