Calendrier de l'Avent 2010 : 21.

Publié le par N. Gels

Ne vous posez pas en juge, afin de ne pas être jugés ; car c'est de la façon dont vous jugez qu'on vous jugera, et c'est la mesure dont vous vous servez qui servira de mesure pour vous. (Mt, VII, 1-2)

 

Bien sûr, l'insistance avec laquelle les mêmes affaires reviennent constamment à nos oreilles est une tentation irrésistible. A force d'entendre parler des mêmes hommes, des mêmes sommes, nous n'y tenons plus : au prochain mouvement, nous dégainons. Plus la barque passe devant nous, plus nous la chargeons ; plus la barque est chargée, plus nous prenons plaisir à la regarder passer.

 

"Il est doux, quand la vaste mer est soulevée par les vents, d'assister du rivage à la détresse d'autrui ; non qu'on trouve si grand plaisir à regarder souffrir ; mais on se plaît à voir quels maux vous épargnent." (Lucrèce, De la Nature des choses, II, 1-4). Naïf poète des temps anciens, et tes explications honnêtes  ! Naïf épicurien, tes ascèses t'ont troublé l'esprit !

 

Est-ce notre vie sédentaire, l'air quotidien des mêmes murs et la vue des mêmes choses, qui nous font tant haïr ? Si nous trouvions la force d'être nomades, serions-nous moins jaloux des vies que nous ne vivons pas ? Serions-nous moins prompts à jeter des pierres si nous ne nous constituions pas chacun notre petit tas d'opprobres au rythme monotone des tracas amassés jour après jour ?

 

Sommes-nous si bons, si doux, si justes, que nous puissions montrer du doigt qui nous semble mauvais, inique, cynique ? Sont-ce au contraire notre méchanceté et notre mesquinerie qui nous donnent droit de parole lorsque nous croyons reconnaître l'un des nôtres ? Est-ce enfin notre assidue pratique du malheur qui nous autorise à jalouser avec tant de haine et d'agressivité ceux qui n'ont qu'un peu plus de chances d'être un peu plus heureux ?

 

De quel droit prétendons-nous forcer des joueurs de football à renoncer à l'argent qui leur revient par contrat ? Au nom de quoi décrétons-nous telle action morale ? Est-il suffisant d'avoir une opinion pour se piquer de légiférer ? Qu'est-ce qui nous autorise, nous qui sortons du lit, assis dans la cuisine, un canard dans une main et une tartine dans l'autre, les yeux brouillés de cafard et l'haleine mal réveillée, nous qui sommes banquiers, soudeurs, magasiniers, professeurs, chauffeurs, chômeurs ou médecins, qu'est-ce qui nous autorise à imposer aux autres de faire ce que nous ne ferions pas à leur place ?

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