Calendrier de l'Avent 2010 : 6.

Publié le par Arnaud Strada

Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, et sur la terre les nations seront dans l'angoisse, épouvantées par le fracas de la mer et son agitation, tandis que les hommes défailleront de frayeur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde ; car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors, ils verront le Fils de l'homme venir entouré d'une nuée dans la plénitude de la puissance et de la gloire. Quand ces événements commenceront à se produire, redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche. (Lc, XXI, 25-28)

 

Ils sont certainement peu nombreux dans notre société, les gens qui croient encore en l'avènement du Fils de l'homme. Nous ne sommes plus aux premières décennies du christianisme, quand les premiers croyants attendaient avec autant de crainte que d'impatience la Fin des Temps. Nous ne vivons plus la peur au ventre depuis longtemps, l'Angoisse chère aux philosophes a laissé la place aux petits tracas du quotidien ; la guerre, qui a balisé le quotidien de nos ancêtres, est pour nous un mythe.

 

Aujourd'hui, il y a le football. Par lui nous souffrons, nous angoissons, nous nous réjouissons. Le texte ci-dessus pourrait mutatis mutandis être signé par un journaliste de L'Equipe, du Parisien, un directeur du marketing d'Adidas ou un représentant des Ultras marseillais. Ces derniers ne rêvent-ils pas que l'Europe parle un jour marseillais ? Les équipementiers ne rivalisent-ils pas d'images violentes, de sueurs, de teintes contrastées rouges à grises, de phrases choc, de concurrences déloyales, de chaussures fatales ?

 

Les supporteurs doivent être fiers et debout et chanter des hymnes martiaux, gorges déployées. Ils assistent calmement aux cérémonies du fair-play, comme jadis on respectait la Trêve de Dieu : repos du guerrier et des voix avant le grand défoulement.

 

Le football n'est en rien comparable au théâtre pour la simple raison qu'il ne se réduit pas, en ce qui concerne le spectateur, aux représentations. Le metteur en scène ne requiert rien du spectateur entre deux pièces, le déchaînement des passions s'arrête quand les lumières se rallument dans la salle et quand la scène disparaît derrière le rideau. Au contraire, au football, il y a toujours un match retour, une saison prochaine, une prochaine fois : une revanche. Le jugement n'est jamais définitif, on fera toujours mieux la dernière fois. On vise le titre, et le suivant, et tel autre. Plus la délivrance est proche, plus on la repousse.

 

Il n'est pas certain qu'aucune transmutation des valeurs aient jamais eu lieu. Ce sont les métaux qui ont changé, dans lesquels ces valeurs ont été frappées : le sport, c'est-à-dire un euphémisme. Un faux combat pour de véritables haines, et des peurs millénaires à vous déchirer les entrailles. La guerre feinte sur le terrain, maquillée en tribunes, dans la rue, dans les journaux, dans les cafés.

 

Un bistrot sombre, un soir. A la télé, un match de football : l'équipe locale met la pâtée aux visiteurs. A la table d'à côté, un vague supporteur éructe à chaque but. A la nôtre, certains lui font écho. On appelle cela la beauté du sport, la fraternité. Mais qu'ont-ils, après la quatrième embrassade, à dégainer fraternellement les insultes à l'encontre des autres équipes? L'amour de la leur ne suffit-il pas ? Notre voisin est passablement alcoolisé et à peu près aussi fan que salement patriote ; notre camarade, pas tellement, et au fond il n'a pas vraiment d'opinion sur la question. Mais au diable l'avarice, une mitraille d'insultes est si vite passée.

 

Redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche.

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