Des Psychologues.

Publié le par Jean-Jacques

Hier, dans la chronique quotidienne de Didier Braun - sorte de Zinédine Zidane du journal L'Equipe, en particulier pour la coiffure et les reprises de volée en lucarne - un amateur de football venu du passé découvrait la composition de l'encadrement de l'Equipe de France et s'étonnait : "Un profileur ? Diantre ! Qu'est-ce là donc ?" Bien en peine pour trouver une réponse, le chroniqueur ironisait sur différentes définitions possibles plus ou moins cocasses, et à quelques sélections près on voyait reparaître le spectre du chasseur de taupes.

 

A en croire moqueurs, défenseurs, supporteurs, persifleurs, critiques et soutiens, l'affaire est sérieuse. Il s'agit de considérer enfin le footballeur comme l'homme qu'il est : avec ses doutes, ses blessures, ses périodes fastes, son désespoir, ses motivations variables, ses problèmes personnels, sociaux, collectifs. Certains remarquent que cette mesure est bonne sans rien révolutionner puisque l'accompagnement psychologique existe dans de nombreux sports et de plus en plus dans les entreprises : le football professionnel ne ressortit-il pas de l'un et de l'autre ? On leur répond que marchandise pour marchandise, la compassion est-elle bien de mise ?

 

D'autres nous préviennent : voilà encore de l'argent sacrifié à l'autel de la psychologie, trou noir social où depuis plus d'un siècle on se perd en psychanalyses, cures, aveux, pleurs, angoisses, OEdipes, papas, mamans, tontons, accès d'autosatisfaction, sectarismes, crises, médicaments, transferts, dépendances, phantasmes, et caetera. Une affaire de tantes juives, en gros. Argument classique, coup de fusil dans l'eau, balle à blanc cassé. Mais les psychologisants s'empêtrent dans leurs concepts, dans leur savoir, dans leur si-vous-lisiez-plus-de-livres. Grotesques balivernes. Bavards !

 

On raconte que les lèvres du Premier Défenseur de la Patrie ont pris une pause méprisante, serrées, pincées, à moitié rentrées en dedans, quand l'écho de ces voix pro et contra est parvenu jusqu'à l'oreille du Chevalier Blanc. Dans ses yeux passèrent mille images, des cordiales engueulades de vestiaire aux titres insultants des journaux, des supporteurs surexcités aux joueurs pétrifiés aux abords de certains stades. Résonnaient dans sa conscience les menaces et les espérances, les demandes appuyées du peuple et des pontes de remettre de l'ordre dans l'équipe et du foot sur le terrain ; et voilà que les mêmes s'entre-tuent maintenant à propos d'une idée  lue entre Nietzsche, Mauriac et Dostoïevskij et méditée à cheval sur Schumann et Prokofief, tous fringants mais dangereux canassons.

 

Ô idée de l'esprit ! Idée noire s'il en est ! Ouverture insolente aux forces occultes, aux désirs et aux angoisses ! Non, ce n'est plus de compétitivité qu'il s'agit, c'est de la vie. L'argument incroyable lu quelque part : il n'a jamais été prouvé que la psychologie aidait positivement.  A mort les hypocrites, non, positivement, la psychologie n'aide pas à pousser un ballon dans un but. Mais elle aide à aller au ballon devant 80000 furieux qui hésitent entre amour et haine et  passeront de l'un à l'autre selon que le centre est long ou court, amorti ou manqué. Elle aide à s'entraîner après une défaite, elle aide à ne pas arrêter sa carrière après une coupe du monde manquée. Elle aide à reconnaître ses partenaires parmi ses coéquipiers. Elle peut aider à vivre au milieu des envieux, des bandits, des millions. Sans aller jusqu'à s'allonger sur un divan à 50€ la séance, qui n'est jamais sorti soulagé d'une conversation des coeurs ?

 

Et non, contrairement à ce que nous lirons après une ou deux victoires, la cure ne sera pas rapide. Disons-le tout de suite, il n'y aura aucun effet. Des conséquences, seulement. Du soulagement, un peu, et beaucoup d'âneries sincères dites confidentiellement. Moins de conflits latents, mais des états d'âmes profonds montés à la surface. Et sans doute moins de fuites dans les médias.

 

Ô Laurent, est-ce le Chevalier Noir qui te tourmente la nuit qui t'a soufflé cette diablerie ? Toi l'homme sans oreillette, mesures-tu bien la portée de cette décision ? Sais-tu le risque que tu prends ? Es-tu prêt, monsieur le Président ? Nous ne sommes plus à bouquiner dans ton cabinet, les grandes idées ne volent plus en mesure, elles sont lourdes, menaçantes, pleines de promesses et frappent à notre porte.

 

Ouvrons. La silhouette est floue encore et c'est tant mieux. Mais au milieu des cris d'orfraie et de chouette, un doute nous effraie : faites que ce ne soit pas... un consultant.

Publié dans Sciences

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Georges 17/11/2010 11:00


Cher auteur, vous retardez en Psychologie ; ce que vous dites s'applique à la psychanalyse, vieille chose datant de la fin du XIXème siècle et que la plupart des Psychologues d'aujourd'hui
considèrent comme obsolète
La Psychologie contemporaine, c'est quand même autre chose :pour vous en faire une idée, intéressez vous à la TCC et à la Neuropsychologie et laissez donc à l'Histoire les concepts dépassés de
Freud, Lacan et de leurs copains !
Cordialement à vous