Du Nord sans le Chtisme.

Publié le par Le Kärcher

Un confrère remarquait il y a quelques semaines que le titre de Lille "[n'agaçait] personne". Une situation rare en France comme en Europe. Le Barça est sur le toit du monde sauf, de toute évidence, pour les supporteurs du Real Madrid. Manchester United champion d'Angleterre ? Les jaloux sont légions à Londres, à Liverpool et jusque dans certains quartiers mancuniens. En France, tous félicitent à l'unisson le champion.

 

La qualité du jeu lillois n'est pas la raison de cette unanimité. Sept ans l'Olympique Lyonnais proposa un football léché mené par un Juninho alléchant pour sept titres couronnés d'indifférence. Aujourd'hui encore on méprise publiquement les rêves de stade en forme de supermarché OL comparés au manque d'ambition européenne du président Aulas. Or, Lille n'a pas attendu son éternel grand stade pour être champion dans le minuscule stadium de Villeneuve d'Ascq.

 

L'année dernière, à la même époque, les observateurs autorisés saluaient l'organisation défensive du champion marseillais tout en doutant de sa pérennité au niveau européen. Personne n'a encore pensé à la future prestation lilloise en Ligue des champions.

 

Lorsque Nantes est champion, honni qui ne s'extasie pas du jeu à la nantaise. Monaco premier de Ligue 1, année blanche : Monaco est trop hors de France, son stade est trop vide, ses impôts trop inexistants. Bordeaux champion : c'est régulier, dans l'ordre des choses, comme un bon cru qu'on boit jusqu'à la lie - l'ivresse ne dure jamais - passons. Paris ? Quoi, Paris ? Paris n'est champion que les rares années où il confond coupe et championnat.

 

Bref, Lille, c'est nouveau. Quoi, il y a cinquante ans ? Cinquante ans ? Soyons sérieux. Pas de comparaison possible.

 

Mais il y avait Lens, dira-t-on, et Lille c'est Lens sans le Sang et Or. Exactement. Lille, c'est Lens sans le folklore, sans les Corons, sans les revendications chtiques, sans le populisme. Martine Aubry, aspirante présidente, n'est pas tombée dans le piège : elle a salué l'équipe, le jeu, a dit quelle fierté c'était pour sa ville. Point. Pas de vitrine dorée d'une région sinistrée. Pas de porte-parole des chtis qui ont retrouvé au stade le soleil qu'ils n'ont pas dans le ciel.

 

Chaque club s'invente une idée de champion dont il est l'image. L'OM croit être toujours l'OM. L'OL n'a pas su être plus que le club-entreprise des années 2000. Le PSG est le club des téléspectateurs excités et du stade muet. Le RCL est un club populiste revendiqué. Le LOSC n'a même pas eu le temps de se demander quel champion il serait : il a joué au football, gagné plus, perdu moins. Et remporté le championnat. Oui, il y a de quoi être fier. Sans en rajouter.

Publié dans Politique

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