Eh bien, casquez maintenant !

Publié le par Julababa

Depuis quelques mois, chacun cherche sa taupe. L'expression est du grand philosophe Patrice E., qui dans la lignée de John Locke et de David Hume, deux anciens penseurs de l'école de Manchester United, mène une enquête empiriste sur la nature humaine, Recherches sur la taupe du vestiaire (éd.Flop, Knysna, 2010, 23 pages illustrées, 10€).

 

Le mot taupe, y apprend-on, vient du russe тупой (tupoj), qui signifie crétin : "Le but de notre enquête est en effet de retrouver le crétin qui n'a pas compris que certaines choses ne se font pas, et de lui faire la peau." (p.23) Hélas, le livre se termine sur ces mots sans pousser plus loin la réflexion. Mais peut-être est-ce l'apanage des grands penseurs contemporains tels Nicolas S., Patrice E., Lilian T., Patrick S., Michel O., de laisser aux autres le soin de récolter les fruits de leur pensée.

 

Ce que s'empressa de faire le nouveau sélectionneur de l'Equipe de France. Le chevalier Blanc , autre grand ancien de l'école anglaise, sait depuis la finale de la coupe de l'UEFA 1999 que taupe vient autant de тупой que de тупик (tupik) - impasse. Au lieu de stigmatiser un homme, un crétin, mieux vaut les virer tous ; mais surtout, il faut trouver la voie sans issue et s'en détourner, la barrer dès le début. Chevauchant un alezan bordelais dans l'aridité estivale de son Gard natal, lui vint alors une idée lumineuse. Etaient-ce les rayons du soleil scintillants de joie au doux murmure d'un ruisseau presque sec ? Etait-ce le chant paresseux des oiseaux épuisés ? Ou la mitraille typique des sauterelles ? Qu'est-ce qui lui souffla cette idée révolutionnaire à l'oreille ?

 

La tête haute sous le soleil du midi, il pénétra dans un village blanc de chaux. Ambiance de western. Notre cow-boy hidalgo porte un carnet de notes à son ceinturon, près à dégainer si l'attaque un journaliste ou, pire, un joueur du LOSC. Et soudain, une petite musique monta de derrière une métairie à l'abandon. Des frissons dans le dos coulent le long des langueurs et des plaintes d'un violon. Voilà la solution.

 

De retour à son hacienda parisienne, il a décidé : il est persuadé qu'aucun joueur de football de l'Equipe de France n'a jamais cavalé dans la pampa au son du violon, la faute à ces ignobles casques qui font résonner du bon gros son hip-hop. Pas de la musique, du son - le mot revient toutes les trois minutes sur les ondes FM. On n'écoute pas Debussy avec un casque, on écoute Eminem. Allez hop ! Tout le monde descend ! Casques interdits. Rendons nos joueurs à l'écoute des bruits de la rue, des portes qui claquent, des bus qui ronronnent, des supporteurs qui gueulent. Et surtout, extrayons de leurs cervelles d'avant-match ces rappeurs grossiers et ces rockeurs bruyants. Oui, en 98, le bus des Bleus était muet du silence de joueurs à l'écoute de leurs disques compacts. Mais Lama écoutait du reggae, Deschamps était sur Barbelivien, Zidane branché sur radio Kabylie, Barthez sur Rire et Chanson. Sans doute. Pas de Rap ! Pas de gros blacks, pas de trémousses mi-nues, pas de chaines en or ! Bref, pas de bandits, pas de caïds.

 

Grand lecteur de Platon et de Rousseau, Blanc sait combien la musique influe sur nos états d'âme : telle une taupe, elle creuse des galeries infinies, des terriers gigantesques où elle fait résonner nos âmes de tous les sentiments - patriotiques quand retentit la Marseillaise dans les coeurs du Stade de France, ou égoïstes quand elle tourne en vases clos de l'écouteur droit à l'écouteur gauche et retour.  Supprimons le Mal à la racine. Mieux vaut no music que bad music. So, no music ! (En grec : Musikos kaskos - musikos de pedos : o chiotos !)

 

En bonne locomotive du football français, le sélectionneur est soutenu et suivi dans ses décisions : les présidents de l'Olympique de Marseille et du Stade Brestois ont interdit le port du casque.

Premier match de préparation : défaite de l'Equipe de France.

Après deux journées de championnat : Brest compte un point, Marseille zéro.

 

- Que faisiez-vous au temps chaud ? - Je pavoisais, ne vous déplaise.

- Vous pavoisiez ? J'en suis fort aise. Eh bien, casquez, maintenant.

Publié dans Musique

Commenter cet article

deux pieds décollés 19/09/2010 20:39


Le jeu de mot du premier commentaire ci-dessus, entre les cités platonicienne et contemporaine était franchement mauvais.
Bref, ce message pour dire que les articles du ballon de derrière sont toujours originaux et pertinents. C'est à chaque fois excellent.
Voilà quelques temps que j'en fais la publicité, avec un lien dans mes panneaux publicitaires notamment, et je suis ravi, et flatté, de voir sur ces pages un lien vers les Deux pieds décollés.


deux pieds décollés 21/08/2010 08:26


Bien vu la référence à la République! Finkielkraut aussi a dit que triomphait en équipe de France l'esprit de la cité...


Julababa 21/08/2010 12:20



Sur Finkielkraut, je me permets de vous renvoyer a un ancien article : http://la-rage-et-le-ballon.over-blog.com/article-alain-f-leur-frere-par-les-armes-52696391.html