La seule explication possible...

Publié le par Grôme BonalD

Quand j'étais petit, je participais tous les ans avec ma classe au cross de la ville. Comme j'étais surentraîné par les trois tours de cour imposés par la maîtresse une semaine plus tôt, je rêvais toujours de monter sur le podium et de contempler de près la médaille offerte dans sa boîte en plastique. Hélas ! les élèves des autres écoles étaient toujours plus surentraînés que mes copains et moi. La seule médaille que j'aie jamais vue de près était celle d'un camarade de classe qui trichait : il s'entraînait toutes les semaines au club d'athlétisme de la ville. Une telle ardeur à l'entraînement pour un simple cross scolaire, c'est à la limite du dopage, non ?

 

Bref, tous les manuels de formation des entraîneurs le rappellent : il faut préparer son équipe à toute éventualité ! Moins un joueur est entraîné, plus il doit se reposer sur ses qualités naturelles. Ce n'est pas en organisant une séance de tirs au but une fois par an la veille d'un match de coupe qu'on apprend à des joueurs à se concentrer, à évacuer le stress, à frapper le ballon correctement.

 

Dans chaque pays, "se préparer à toute éventualité" acquiert une signification différente. Ici, on doit craindre le gel ou la neige, là les chaleurs étouffantes, les terrains gras, durs, secs, carrés, bosselés, synthétiques, à base d'OGM, etc. Le jour du match, chaque détail a son importance : type de chaussures, type de crampons, alimentation, hydratation, système de jeu, durée de l'échauffement, repérage du terrain, etc.

 

Fred Rutten est un entraîneur avisé. Il connaît parfaitement le football, c'est un fin tacticien, il fut l'adjoint de Guus Hiddink pendant quatre ans. Si aucun psychologue n'a intégré son équipe, c'est que lui-même est un grand lecteur de Gerhard van den Milleer. Surtout, cet homme éclairé suit avec acuité l'actualité, il est au courant de tout.

 

Comme tous les Néerlandais, il aime la nature. Le weekend, il prend son vélo et part faire quelques kilomètres en compagnie d'Inge, sa femme, et de leurs cinq enfants, Hansje, Greet, Mark, Huijbert et Géraldine (sic). Il possède en banlieue de Eindhoven un petit lopin de terre où il fait pousser des tulipes. Il y vient régulièrement se ressourcer. Les périodes de floraison et les variations de couleurs selon les saisons n'ont aucun secret pour lui, ainsi que leur dérèglement régulier : le réchauffement climatique, pour Fred, ce n'est pas une blague. "Les vents ont changé, ils apportent d'autres pluies que celles qu'ont connues nos aïeux" confie-t-il, le regard fixé sur les ailes d'un moulin à 100 mètres de nous : "Vous voyez ces craquelures, là et là ? Les pluies plus chaudes, plus concentrées sur des ailes qui tournent plus vite sous l'effet de vents plus violents. C'est terrible." Nous ne voyons rien mais nous faisons confiance à ce pur produit de l'école néerlandaise.

 

Fred Rutten a su adapter la gestion de son équipe aux nouvelles conditions climatiques. Ainsi, ce weekend, lorsque des trombes d'eau se sont abattues sur Eindhoven, lorsqu'il a été décidé que la rencontre entre le PSV et Feyernoord se jouerait au baby-foot, il s'en est presque réjoui : "Depuis que je suis ici, chaque semaine deux séances d'entraînement sont consacrées au baby-foot. Je savais que mes joueurs étaient prêts. Avant, on me disait que j'étais fou, que ça ne servait à rien. Je ne me suis pas laissé influencer : mon heure viendrait. Dès la fin du match, de nombreux entraîneurs m'ont téléphoné pour me féliciter." Car le PSV n'a pas seulement gagné le match, il l'a fait avec la manière : 10-0, et collectivement puisque six buteurs différents ont inscrit leur nom au panneau d'affichage. "Les joueurs étaient d'abord suspicieux. Mais je leur ai parlé de la nécessité, pour un professionnel, de s'adapter à ce monde qui change. Et puis le baby-foot, c'est ludique ! Les joueurs veulent s'amuser, ne l'oublions pas. Au bout de deux semaines tous ont adhéré à mon discours."

 

Nul doute que cette idée du nouveau siècle intégrera bientôt les manuels d'entraîneur. En appendice, comme les tirs au but. Et ne sera suivie que par de rares illuminés...

 

 

Au fait, il y avait du foot !

Paris SG 2 - AJ Auxerre 3

(Bande-son du match : NTM, "Paris sous les bombes")

Publié dans Sciences

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radio biere foot 10/11/2010 10:05


Incroyable victoire d'Auxerre au Parc. Tout commence mal avec ce but de Nenê au bout de quelques secondes. Puis Le PSG s'endort et Auxerre fait du Auxerre. Jouissif !


braunstcyr 27/10/2010 13:36


les aristos qui ont créé le sport en GB considéraient comme de la triche que les ouvriers s'entraînent pour jouer au foot. Le sport devait exalter les qualités athlétiques de leur classe.
L'entraînement, c'était du dopage