La preuve par Jouanno.

Publié le par Gilbert Té

Le prochain à dire que sport et politique n'ont rien à voir, c'est trois tours de terrain à cloche-pied. Car un nouvel argument en faveur de ce rapprochement vient d'être apporté aujourd'hui par la ministre des sports, Chantal Jouanno. Un argument comme on les aime, clair, net, médiatique, polémique, intempestif, les pieds dans le plat : comme on dit aujourd'hui, décomplexé.

 

Ministre de la République, donc détentrice d'une partie du pouvoir exécutif, madame Jouanno statue sur des questions relevant de la Justice et du règlement propre à la Fédération Française de Football. Elle profite de l'occasion pour, en passant, glisser quelques saillies émoussées contre la direction de la FFF, ce qui ne sert à rien mais ne peut pas faire de mal.

 

Elle se prononce contre le retour de suspension des boucs émissaires de Knysna et oublie que, selon les principes du droit républicain, une fois que le coupable a purgé sa peine il est de nouveau innocent, doit être réintégré à la société et traité à égalité avec les autres. Pour soutenir sa demande de déchéance de sélectionnabilité, elle s'appuie sur une distinction entre bons joueurs et méchants sur le principe de la propreté ("Il existe d'autres talents qui n'ont pas sali la France"). Conseil sous-entendu à Laurent Blanc : pour recruter, allez faire un tour dans les blanchisseries spécialisées dans le nettoyage à sec de kimonos, vous y trouverez de bons gars qui mouillent le maillot sans le salir à l'extérieur.

 

"Honte", "salir", "valeur", "service public", "dénoncer", "anarchie", son vocabulaire est fleuri, engagé, vide-mais-c'est-pas-grave. Enfin du vrai parler-vrai qui sent la sueur et les vestiaires de quatrième division amateurs, les goûters d'après-match, les crampons crottés, les ballons crevés et les matchs annulés faute de bénévoles encadrant les déplacements.

 

Ingérence, mépris de l'autorité des juges, discrimination, considérations d'agents d'entretien, moralisme de rase campagne : Que fait-elle sinon appliquer la politique du gouvernement ?

 

Qu'elle se méfie, quand même. Si on appliquait à la politique les nouvelles règles politiques du sport, l'équipe de France de gouvernance risquerait de se retrouver sans capitaine, sans défense, sans intérieur, sans finances... Je ne suis pas certain que madame Jouanno soit prête à laisser sa place à Teddy Riner, même si c'est un bon gars qui mouille le kimono maculé de médailles. Il y a des limites qu'elle ne dépassera pas !

 

 

Au fait, football !

Lazio Rome 2 - Fiorentina 0

Les deux entraineurs avaient fait le choix esthétiquement discutable de porter autour du cou un vêtement aux couleurs de leur équipe. L'écharpe ciel et blanche a battu le pull mauve-pas-beau dans un stade que remplissaient mal vingt mille spectateurs.

(Bande-son : Patti Labelle, "Lady Marmelade")

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