Lettre à mon club.

Publié le par Roméo Ejuliète

Cher.....

 

Tu vois, je ne sais plus m'adresser à toi. Au vrai, je ne pensais plus jamais t'écrire ni te parler. Je t'avais dit que c'était fini, ça l'était. Mais on n'en a jamais fini avec l'amour. Je t'ai aimé, je t'ai moins aimé, je t'ai peut-être un peu détesté mais je t'aime encore.

 

Tu sais, je t'épie, je te cherche, je me cache pour mieux te regarder, comme aux plus belles heures de ma passion. Chaque weekend, je vais aux nouvelles : qu'as-tu fait ? as-tu gagné ? perdu ? Il n'y a jamais de matchs nuls, seulement des occasions manquées de te voir rayonner. Je te regarde, tu me fais plaisir parfois ; hélas, souvent je me désespère de te voir en mauvaise compagnie. Tu n'as jamais su choisir tes amis, tu te laisses trop facilement aller. C'est triste, car tu ne sembles pas heureux. Tu souffres. Je souffre aussi.

 

Quand je te regarde, je revois ma jeunesse défiler. Comme toi, au fond, qui cours après ton éphémère gloire d'antan. Que sommes-nous devenus ? De vieux cons ? Serait-ce vrai ? Il parait que tu snobes tes anciens prétendants et que tu t'embourgeoises. Tu as toujours aimé le luxe.

 

Tu as changé de style. Tu chantes moins. Tes maillots sont de pire en pire - si ça plaît à d'autres, tant mieux. Au fond, tu suis la mode, qui te le reprocheras ? Tu n'as pas encore quitté notre stade. J'ose croire que nos souvenirs ensemble t'en empêchent. Je ne me fais pas trop d'illusions : ni le premier, ni le dernier, je n'ai fait que passer.

 

Toi, en revanche, tu ne passes pas. Je te garde là, près du coeur, et ne peux me résoudre à te quitter. Je sais, je suis la cause de notre rupture : tes sautes d'humeur ont eu raison de ma patience. Pourtant, je crois que je ne t'ai jamais autant aimé que depuis notre séparation. Comme s'il était plus facile d'accepter tes caprices en restant loin. Très loin. Trop loin pour t'aimer sincèrement ? Je ne crois pas. Il est vrai que je m'épargne ainsi la déception des défaites, mais je me prive aussi de la joie des victoires. Je reste en tête-à-tête avec mon amour, sans partage. Je ne te vois pas et je t'aime sans étreintes. Je ne parle non plus à personne de ce que je ressens, et je t'aime en silence. C'est salaud et cruel à la fois, sans doute.

 

Voilà. Je voulais juste que tu saches que je pense encore à toi. Je ne crie pas le plus fort, je ne suis pas le plus agité. Mais quand les critiques se déchaînent, ou quand les louanges abondent, avec mes yeux d'ancien amant je te vois tel que tu es : le plus beau club de ma vie.

 

 

 

 

Au fait, il y a eu du foot !

Paris-Saint-Germain 2 - Olympique de Marseille 1

(Bande-son du match : Led Zeppelin, "When the levee breaks")

Publié dans Famille

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