Malentendu.

Publié le par Amiral N.

Le football de haut niveau se trouve aujourd'hui dans une situation telle que nous ne saurions dire s'il peut en sortir. Cette situation se résume ainsi : en tant que sport-spectacle, le football se donne à voir à des millions de spectateurs qui n'ont généralement pas le même intérêt à suivre un match que les joueurs à le jouer.

 

La plupart des spectateurs regardent un match comme si c'était un film, un concert ou une pièce de théâtre : ils ne veulent pas s'ennuyer, ils veulent assister à un spectacle de gestes techniques et de buts. Les incessants changements de plan, à la télévision, les ralentis de buts, de frappes, de tacles, les gros plans sur les mimiques des entraîneurs participent de cette spectacularisation du football : si le match est fermé, il faut occuper le spectateur avec autre chose. Un match de football, c'est quatre-vingt-dix minutes à remplir.

 

Pour un joueur de football ou un entraineur, un match de football ne dure pas quatre-vingt-dix minutes. La notion même de match est difficile à saisir. Commence-t-il au coup d'envoi ? à l'échauffement ? à la collation ou à la sieste ? à l'entrainement de la veille ? de l'avant-veille ? Et au fond un match est-il dissociable de celui qui le précède et de celui qui le suit ?

 

Un spectateur regarde un match dans la perspective de passer une bonne soirée. Un joueur joue un match avec la saison entière à l'horizon.  

 

Prendre les matchs les uns après les autres est une aberration sportive, une tautologie métaphysique tout au plus, une formule pour rassurer le spectateur. Comme si on lui disait : "Le match que tu vas voir est le seul pour moi ; je le jouerai comme s'il était le dernier." Balivernes ! Cela reviendrait à dire que Marseille pouvait au choix faire 4-4 ou 0-0 contre Manchester hier soir, alors que ces deux scores ne lui donnent pas autant de chances l'un que l'autre de se qualifier pour le tour suivant.

 

Car il y a toujours un match retour, un tour suivant, une phase finale, une compétition à venir. L'ignorer, c'est méconnaître le spectacle qu'on prétend défendre lorsqu'on en critique les stratégies calculatrices et attentistes. Avant d'être un spectacle pour repus de bière, le football est un sport, les sportifs sont des compétiteurs : supprimez la compétition, vous supprimez tout désir d'entrer sur le terrain. Les matchs de bienfaisance et les jubilés, ce n'est pas du foot. A peine un spectacle.

 

 

Il y avait du foot, vraiment. C'est vrai que ce n'était pas super...

Olympique de Marseille 0 - Manchester United 0

(Bande-son : The Beach Boys, "God only knows")

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alexia 24/02/2011 13:43


Bonne critique et bonnes observations. Le foot n'est plus ce qu'il était, effectivement, mais toute discipline est amenée à évoluer. Il faut à présent trouver des solutions pour que le foot
redevienne attractif : arbitrage vidéo, sport populaire et familial comme le rugby etc...

Alexia
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