Morsures et tricotage.

Publié le par Grôme BonalD

Manquant d'imagination et de créativité, nous nous contentons aujourd'hui de transmettre au lecteur un article de Wolfgang Zimmerruhe tiré du premier numéro à paraître de la revue scientifique "Le Petit Chimiste Engagé". Nous nous excusons auprès du lecteur de la virulence de certains propos.

 

Le Professeur Heinrich von Trückenwaldwildeburinohissowitz est un grand malade. Voici deux ou trois preuves de ce que nous avançons. Premièrement, il n'a pas de nationalité ni d'origine bien définies, ses parents étant des mélanges germanopratins d'Allemands, d'Anglais, de Moldaves, de Turcs, et autres, ce qui se doit d'être mal vu. Deuxièmement, il a un vingt-deuxième de sang roumain, ce qui n'est pas non plus super classe. Troisièmement, il a toujours refusé de changer de nom de famille sous prétexte qu'il tient à ses racines, ce qui est louable, sauf quand on a de telles racines. Quatrièmement, la contradiction psychologique entre les points précédents n'est pas un signe de bonne santé psychique. Cinquièmement, il est antisémite, ce qui est trop banal pour un homme de sa trempe (qui plus est, marié à une Palestinienne juive, donc doublement sémite). Sixièmement, il est fan de football, ce qui se passe de commentaire. Septièmement, il a assisté à plus de finales de Coupe Gambardella que de Coupe de France.Etc.

 

Mais c'est un grand savant et un inventeur de génie, ce qui pardonne tout. Dernièrement, il a inventé un logiciel de décryptage des arrière-pensées. Il le dit lui-même : "J'ai inventé un logiciel de décryptage des arrière-pensée." Pas de télépathie, pas de transmission de pensée, rien que de la science la plus solide et certaine. Il s'agit de résumer en deux ou trois phrases la pensée générale d'un texte, d'un blog ou d'un réseau entier. "La procédure est simple, nous explique-t-il : Copiez, collez, admirez." Ça, pour être simple, ça l'est !

 

"J'ai eu l'idée de ce logiciel en skiant sur internet. Oui, j'ai bien dit skiant : j'utilise deux ordinateurs à la fois, c'est plus stable. Bref, je skiais quand j'eus la vague impression de toujours lire la même chose. Prenez un site d'information, par exemple d'information sportive, choisissez un article au hasard, par exemple sur le football : Les commentaires poussent à une vitesse hallucinante, ils se répondent les uns aux autres, s'insultent, se contre-insultent. Bref, ça pourrait être passionnant si, prenant un autre article - plutôt de la même rubrique, mais pas nécessairement - vous ne trouviez les mêmes commentaires, les mêmes insultes. Je voulus vérifier mon impression de manière scientifique."

 

Ce qu'il fit : "C'est ce que je fis." L'algorithme utilisé combine longueur des phrases, lexique utilisé, laxisme grammatical, vitesse de frappe, temps de connexion, provenance des commentateurs, et d'autres paramètres. Et le résultat est sans surprise : "Comme je suis un grand pessimiste, le résultat ne m'a pas surpris. Pour la dernière semaine*, sur une sélection de dix sites majeurs consacrés au football, j'ai obtenu le résumé suivant : Xavi c'est de la balle et pourtant que ne pas Domenech toilette ou autre avec Suarez chaise texane." Pardon ? "Le logiciel est encore perfectible, je dois le reprogrammer pour qu'il propose un résumé plus lisible. Mais il me semble que c'est clair : Le public préfère Messi à Suarez et n'a pas oublié Domenech."

 

De là, notre discussion dérapa vers l'intérêt d'un tel logiciel. Le professeur von Trückenwaldwildeburinohissowitz parle d'un intérêt strictement sociologique : "L'intérêt est strictement sociologique et à usage privé. Je m'en sers pour connaître l'opinion de mes contemporains. Je suis très curieux, vous savez." Il a beau être curieux, n'a-t-il vraiment aucun autre objectif ? Ne pourrait-il pas vendre les résultats de ses recherches à des agences de publicité ? "Je suis multimillionnaire, moi, monsieur." Ou alors, faire profiter l'Humanité de ses recherches. Il nous demanda comment : En promouvant ce qu'elle aime et en condamnant ce qu'elle abhorre.

 

Avant de nous chasser à grands coups de savates, il eut des mots durs que nous ne prîmes pas pour nous : "Vous n'êtes pas obligés de prendre pour vous ce que je vais vous dire, mais sachez, monsieur, que m'intéresser à la haine des hommes pour leur semblable ne me fait pas partager ce sentiment. Suarez fait des erreurs, il est puni. Point. Les gloses sur ses qualités morales ne sont pas plus intéressantes que les infinies palabres et phantasmes claironnants sur la destinée scato- voire eschatologique promise à Domenech. Quant à Xavi, vous savez, s'il avait trente centimètres de plus, une gueule d'ange et un bronzage L'Oréal, tout le monde le détesterait. Maintenant je vais vous chasser de chez moi à grands coups de savates." Ce qu'il fit.

 

 

*L'entretien eut lieu le 14 juillet 2010.

Publié dans Sciences

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