Nous attendons Godot.

Publié le par Julababa

Pourquoi sommes-nous aussi infatigables, nous autres supporteurs ? Nous sommes à la fois les seuls véritables perdants du football et les seuls visiteurs permanents des stades. Nous perdons de l'argent, du temps, et parfois même des matchs. Nous en redemandons toujours. Qu'attendons-nous ?
 
La victoire. La gloire pour les couleurs de notre club. C'est ce qu'on dit souvent. Nous n'en avons cure. Certes les supporteurs du Barça pensent moins au prochain match qu'au championnat ; certes ceux de l'Inter sont fiers de leur triplé. Mais au PSG pensent-ils encore au titre après tant d'occasions gâchées ? A Arles, qu'espèrent-ils ? Les supporteurs de FC Nantes, après tant de titres, voient leur club disparaître ; mais eux ne l'abandonnent pas. Impuissants mais fidèles. Qui n'a jamais entendu un supporteur de l'Espanyol Barcelone se moquer de son voisin fan du Barça ? L'argument : c'est si facile de soutenir un club qui gagne.
 
Nous supportons notre club pour qu'il remporte des matchs, qu'il gagne des titres, qu'il collectionne les trophées. Mais nous sommes supporteurs au-delà de la défaite ou de la victoire. Nous retournons au stade malgré la faiblesse de notre équipe : nous voulons simplement la voir jouer. Elle porte le nom de notre ville, les couleurs de notre enfance. Elle joue toutes les deux semaines dans la région, elle ne s'enfuit jamais très loin. Dans le pire des cas, nous faisons le déplacement - juste pour nous assurer qu'il n'y a pas mieux ailleurs. Non, même cent fois titrée, même millionnaire, même arrosée au football-champagne, l'herbe n'est jamais plus belle ailleurs. Nous avons notre club, c'est tout - et bien malin qui nous le prendra.
 
On nous présente comme les les dindons énormes d'une gigantesque farce ; comme de pauvres bougres incapables de détacher les yeux d'une scène où se chamaillent des millionnaires ; comme les bêtes abruties d'un spectacle insipide. Pécaïre ! Si seulement cela pouvait être si simple !
 
Nous n'attendons rien de notre équipe. L'amant qui traverse la ville à deux heures du matin à l'appel de sa belle malade, espère-t-il quelque chose ? C'est lui qui s'inquiète, c'est lui qui se décarcasse, c'est lui qui peut tout perdre, c'est lui qui souffre - mais par lui seule elle reste vivante. Nous insistons, nous persévérons : chantons, crions, hurlons, soyons heureux ou en colère. Nous sommes vivants, nous sommes la vie ! Nous sommes charriés chaque lundi par les fans du Barça ou de l'OL, ils nous tendent la main, font mine de nous embrasser : changer ? Jamais ! Si c'était à refaire, nous choisirions encore notre club de malheur.

Publié dans Hors-jeu

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Carmenita Ola 27/09/2010 09:50


Bonjour, c'est la première fois que je lis ce blog et je le trouve très bien écrit, le ton très personnel, les posts bien sentis, pleins de vécu. Je reviendrai, bravo. Si le coeur vous dit de jeter
un oeil à mon blog footballistico-absurde, www.carmenitaola.com…