Pendant ce temps-là, Jean-Eudes Maurice...

Publié le par Georgette Sable

 

La fin Août, quel bonheur! Pourquoi faudrait-il faire grise mine alors que le chemin du boulot est chaud et que les feuilles des arbres ne tombent pas encore? Les poètes et les maîtresses de maison peuvent autant qu'ils veulent vanter le printemps, ses bourgeons et ses premiers décolletés; appréciez d'Août les couleurs saturées, les récoltes abondantes et la dernière chaleur, lourde, écrasante, intolérable, définitive.

 

Joie d'Août est joie fiévreuse. Avril, Mai ou Juin fêtent la fin des souffrances hivernales et les promesses de l'été; dans un premier rayon ils voient tous les soleils futurs. Or, Août ne promet rien; l'obscurité tombe de plus en plus tôt, alors dans un dernier effort la lumière se fait mille fois plus épaisse, saturée, elle appuie la couleur sur la couleur, elle passe la couche sur la couche, au bleu du ciel, au fond des arbres, partout, inutile. La joie du dimache soir se voue à l'hystérie que le lundi matin aura oubliée, occupé à l'avance des pluies prochaines; l'ivresse des vins murmure: un mois encore avant le vin nouveau et les premières gelées.

 

Ces maigres angoisses n'ont aucune prise sur l'amateur de football. Pour ce dernier, Août est le premier pas du retour éternel de la saison, marqué comme tout début par ses excitantes incertitudes: vrai transfert, rumeur, faux-départ, rodage, travail des automatismes, travail foncier; sous un soleil de plomb le football bredouille et se mélange les mots: parle-t-il athlétisme? mécanique? économie? lui-même ne sait très bien où il en est. Les raisons des transferts sont obscures, leurs prix sont insensés. Entre nombres et mots, des noms: Untel par-ci, Telautre par-là, arrivée de Truc, départ de Bidule, retour de Prêt, option d'Achat. Un club, un joueur, un président, un nouvel entraîneur, deux anciens joueurs, et tout est différent, le match est relancé : But! - Pour qui?

 

En fin de compte, toute la caverne se retrouve sur le terrain à courir, passer, dribbler, marquer, perdre et gagner. Les prix noyés dans la sueur, promesses et mensonges dégagés en touche. Le LOSC remet crânement son titre en jeu, le PSG joue à le lui prendre. Manchester United est déjà fort. Cristiano Ronaldo marque un triplé entre les piquets de grève. Etc., etc., etc.

 

Pendant ce temps-là, que fait Jean-Eudes Maurice? Le pauvre garçon comprend qu'il n'a de parisien que le contrat de travail. Même le brand new public du Parc - familial, discret, consommateur à la mi-temps, avec son quota de femmes, bref : des gens biens - s'est rendu compte qu'il n'était pas plus un joueur de football qu'Alioune Touré. Eternel "jeune joueur" pour les commentateurs de Canal+, l'attaquant de 24 ans se fait de plus en plus régulièrement gruger par Jean-Christophe Bahebeck pour les fins de match ou les rencontres sans enjeu. D'ailleurs, même Javier Pastore, l'homme dont les talons s'achètent 40 millions d'euros, est plus jeune. Granddi Ngoyi, Neeskens Kebano sont sur le point d'être prêtés alors que le portable de notre homme s'entête à rester raisonnablement silencieux; pas la moindre petite rumeur ne l'envoie ici ni là, ni en Ligue1, ni en Ligue2, ni en Division One or Two. Quelle peine se fut de le voir dimanche, coquettement coiffé comme s'il s'était préparé à jouer, assis en tribune à deux sièges de son directeur sportif!

 

Il n'avait pourtant pas l'air inquiet, et pour cause. Que lui importent les sifflets du Parc? Que lui importe de ne pas jouer, de ne pas même trouver d'autre club, d'autre terrain où courir comme un cabri et sauter à contre-temps? Les collègues se font transférer? négocient des contrats? Ils découvrent leurs partenaires, s'échauffent, s'entraînent? Ils surmontent la concurrence, ils progressent? Ils jouent, bien ou mal, se blessent, reviennent et recommencent? Que lui importe, à ce sage footballeur? Pendant ce temps-là, Jean-Eudes Maurice construit son site officiel.

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