Petit, petit, petit, viens par ici !

Publié le par Arnaud Strada

Faites vous-mêmes l'expérience : regardez un match de Ligue des Champions en différé un vendredi midi en dégustant une brochette de viande accompagnée de purée de pommes de terre, il vous viendra d'étranges pensées. Surtout si le match en question est plaisant malgré l'opposition de deux équipes a priori peu attirantes. En l'occurrence, il s'agissait du FC Copenhaque et du Panathinaikos. D'un côté, des vikings inconnus, de l'autre d'anciennes gloires mondiales dans une tenue verre bouteille du plus mauvais effet.

 

Il nous vint soudain à l'esprit que c'était Copenhague qui accompagnerait le FC Barcelone en huitièmes de finale. Barcelone, Copenhague, Panathinaikos et Rubin Kazan. Deux équipes du Sud, deux du Nord. Deux équipes vert bouteille et deux équipes qui leur feraient boire la tasse. Un ogre, le Petit Poucet et ses frères. Mais qui donc dans ce groupe jouait le rôle hautement glorifié du Petit Poucet ?

 

Être le Petit Poucet d'une compétition n'a que des avantages. Comme on est l'équipe réputée la plus faible, toute victoire est un exploit, toute défaite est normale. On est encouragé, poussé, supporté, et on fait couler des larmes de pitié aux supporteurs d'autres équipes lorsqu'on quitte la compétition que l'on contribue à rendre humaine et proche du populaire. Le Petit Poucet, ou le football investi de démocratie.

 

Définitivement, le Panathinaikos n'avait dès le départ pas la tronche d'un Poucet. Le Pana, c'est l'équipe dont on fait semblant d'avoir peur : régulièrement présent en phase finale de Ligue des Champions avec son armada de pré-retraités, il a tous les ans la décence de laisser la qualification aux jeunes. Pour être un Petit Poucet, il faut s'attirer la sympathie adverse par le jeu et le fair play - ce qui exclut toute équipe alignant d'entrée Luis Garcia.

 

Le Rubin Kazan ressemble déjà plus à un Poucet. Loin des xénophobes de Saint-Pétersbourg et des sempiternels clubs moscovites, il est le club de la ville aux cent églises et aux mille mosquées, capitale d'une république pluri-culturelle et bilingue. Un jeu léché, des gars combatifs, un orientalisme digne des grandes heures de Galatasaray : le Petit Poucet parfait s'il n'avait joui de ce statut l'année dernière (étouffant même l'ogre barcelonais dans son lit du Nou Camp) et s'il n'était pas tombé sur la petite fille aux allumettes.

 

Car ne l'oublions pas, un vrai Petit Poucet est un Poucet qui gagne des matchs et qui se qualifie. Une équipe sympa, c'est bien ; une équipe sympa qui gagne, c'est mieux. On peut tourner pendant des siècles dans les forêts des bords de la Volga, y effriter des centaines de miches de pain et des montagnes de cailloux, il faut retrouver son chemin : résistez à l'ogre, effeuillez deux fois le trèfle grec et vous voilà à dos de sirène en route pour la suite de la compétition.

Publié dans Jeu

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