Philosophie de corner.

Publié le par Gérard Dutarot

Nos ancêtres n'avaient besoin que d'un petit coin pour philosopher. Un coin de jardin pour Epicure, un coin de porte pour Epictète, un coin de rue pour Aristote, un coin de poêle, un coin de table pour Deleuze. Si l'on en croit les livres d'histoire, il suffisait alors de tendre le doigt pour toucher de la pensée.

 

Aujourd'hui, hélas, la philosophie se fait rare. Et ce n'est pourtant pas faute de philosophes. Sur nos écrans de télé et nos radios numériques, les sous-titrés tels Enthoven, Finkielkraut et leurs collègues abrégés de BHL à PPD, etc., dans émissions, talk-shows ou entretiens-confidences, extasiés de grands noms, le verbe spirituel et grandiloquent, le ton définitif, prompts du jugement, ils banalisent la pensée sous prétexte de vulgarisation. Mais la philo n'aime pas qu'on la force au comptoir.

 

C'est au détour de deux passes, au hasard d'une fin de match que dernièrement la silhouette d'un concept nous a semblé avoir réapparu. Jeudi dernier, fin de journée, rentrée tardive, décallage horaire, bricolage informatique, Lille s'incline galamment avant le passage du PSG. La phrase du commentateur est simple comme une phrase de Descartes : "Il faut faire douter cette équipe du PSV."

 

Le doute. Un concept sans âge qu'ont traversé Pyrrhon, Descartes, Hume et d'autres, devenu soudain le nouveau schéma de jeu du LOSC. Après le 4-4-2, le doute. Mais de quoi parlons-nous, au fond ? Est-ce qu'à trois buts à un avec onze joueurs contre dix les Néerlandais devaient s'inquiéter d'un sursaut des Lillois ? Devaient-ils soudain se méfier, tergiverser, bredouiller leur jeu, suspecter une fin de match aussi éhontée que celle du match aller qui les vis égaliser à deux partout après avoir été mené deux à zéro de la tête et des épaules pendant toute la partie ?

 

Deus ex machina, le coup de sifflet de l'arbitre mit fin au doute insupportable, provoquant des hurlements de soulagement parmi joueurs et supporteurs du PSV Eindhoven. Le spectateur, qui n'avait fait aucune provision et restait toujours perdu dans son trouble, incapable d'interpréter correctement les mots mystérieux du penseur de Canal+, doucement revenait à une réalité suspecte. La philosophie même qu'il avait cru percevoir lui semblait maintenant un mirage.

 

Et pourtant.

 

Epuisé, affalé sur son canapé, cherchant du bout des doigts la télécommande et la force de zapper, il s'attarde jusqu'à l'après-match et le résumé du match qui voit le même penseur rebelle signaler que sur un des buts du PSV, le défenseur lillois, "Vandam, n'est pas très aware". La philo est bien vivante. Nous sommes sauvés !

 

 

C'est qu'il y avait du football !

 

Paris-Saint-Germain 0 - BATE Borisov 0

Un peu n'importe quoi, le match aller sans les buts.

(Bande-son du match : The Beach Boys, "God only knows")

 

Paris-Saint-Germain 2 - Le Mans 0

Un peu n'importe quoi, le match précédent sans les Biélorusses.

(Bande-son : David Bowie, "God knows I'm good")

Publié dans Philosophie

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alexia 06/03/2011 22:35


Bonjour, essayez ça, c'est vraiment du sport !

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