Portrait of a young man as an artist.

Publié le par Julababa

 

Quand une jeune personne mi-ado mi-adulte, régulièrement éduquée, peu farouche, un brin pompeuse et fière de ne pas entièrement penser par soi-même, veut montrer à un inconnu qu'elle est une personne intelligente et ouverte d'esprit, elle lui dit qu'elle lit Paulo Coelho. Quand un club en déclin, clopinant, orgueilleux et arriviste veut prouver à la France entière qu'il est attractif, compétitif, locomotif, il recrute Yoann Gourcuff.
 
Yoann Gourcuff est tellement beau qu'il a failli être brésilien. Un bellâtre dans le football ! il vient forcément d'un autre continent - Zinédine Zidane est devenu beau aux yeux des femmes en même temps qu'il débarquait d'une autre planète pour tous les hommes ; reconnaissons-le, avant 1998 il était assez quelconque. Yoann est à Phoebus ce que Franck est à Quasimodo : une métaphore footballistique. La beauté franche contre la compassion, la classe naturelle contre la débrouille, les traits réguliers contre la balafre.
Paulo Coelho, c'est l'anti-Houellebecq. Ce sont les beaux sentiments du courage, de la noblesse, de la générosité, pétris dans des aventures exotiques et levés d'un souffle épique. Ce sont des personnages magnifiques partis de rien qui ne peuvent manquer de découvrir le secret de la Vie et de devenir riches dans leur coeur sinon dans leurs poches.
 
Yoann Gourcuff joue au football comme un dieu grec fait la guerre : bien. Il faut le voir droit comme le trident de Neptune sortant des eaux nébuleuses, il tient ferme son ballon, le front haut, le regard lointain ; il voit le jeu, il sait le jeu que lui inculqua jadis son professeur de père sur les sables bretons balayés par la pluie : les joueurs étaient alors des coquillages, des cailloux, des couteaux, savamment disposés sur la plage à l'abri des vagues entre deux tempêtes - le jeu, déjà, pour notre héros, était le tourbillon infini des éléments. Regardez-le, appliqué dans ses passes à correctement incliner la tête ; la gracieuse courbe de son corps s'allonge et se prolonge dans la trajectoire du ballon. Bon, la passe était en retard, mais qu'importe : pourvu qu'elle soit bonne !
 
Oui, qu'importe aussi que la quête de l'alchimiste ait été comptée mille et mille fois en des mots plus mystérieux, en une langue plus hermétique par les secrets alchimistes eux-mêmes ou d'autres qu'ils fascinaient ? Pourvu que l'idée soit toujours là comme au commencement, belle, claire, douce ! Paulo Coelho est populaire, car il donne à chacun l'impression d'être le premier à découvrir les immortelles vérités répétées depuis des siècles sous des formes diverses et variées mais toujours un peu trop compliquées. Pureté, sincérité du chant de l'auteur brésilien, où l'illusion n'est jamais que le fard romanesque d'une vérité finalement révélée. Ouf !

Publié dans Littérature

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Pailladdiction 24/08/2010 15:27


Je n'aurai aucune retenue à mettre ton blog dans la rubrique liens sur le mien. J'aimebocouckevoufêt, félicitations!


Bozo le clown 24/08/2010 11:30


Yoann Gourcuff est également au football ce que Guillaume Musso est à la littérature : sa production est sans saveur, toujours la même, peu solide et ne plaît qu'aux adolescentes.

A quand la fin des arabesques ? A quand les actions décisives ? Plus important encore, à quand l'audace, la prise risque et celle de responsabilité ?

Gourcuff est sur le terrain comme dans le bus, il pleure et se fait malmener par les autres. Un esthète, oui, mais un pantin surtout ! Et c'est vrai qu'un pantin, ça bouge bien et ça peut faire des
mouvements extraordinaires...