Réponse d'une mère.

Publié le par Julababa

Mon fils chéri,

 

Nous sommes heureux que ton stage te plaise. Tu nous manques beaucoup, mais tu reviens bientôt, et c'est un autre bonheur.

 

Nous n'avons pas tellement compris ce que tu voulais dire à propos de l'hymne national. Nous en avons parlé avec un voisin, il nous a dit qu'il trouvait normal que les joueurs le chantent : après tout, ils représentent la nation. Ton père s'est mis en colère. Tu sais comment il est, en colère : son bégaiement redouble. Il disait que donc un homme comme lui n'aurait pas le droit de jouer pour son pays parce qu'il n'en pouvait pas chanter l'hymne ? Le voisin était confus, il a bredouillé des excuses, que ce n'était pas la même chose, que ce n'était pas ce qu'il voulait dire, que tout le monde savait que ton père connaissait l'hymne mieux que tout le monde, etc. C'était grande pitié de voir ces deux hommes face-à-face, l'un bredouillant de confusion, l'autre bégayant de naissance. Mais ton père a vite ressenti le ridicule de la situation, nous avons salué et sommes rentrés. Là, il a dit qu'on n'en savait rien s'il était bon patriote, que quand il entendait des idioties pareilles il avait envie de brûler des drapeaux, que les grandes et mauvaises décisions étaient toujours prises dans le dos des pauvres gens, et que s'il rencontrait un ministre, il était sûr de lui faire retirer une demi-douzaine de projets rien qu'en lui riant à la face.

 

La politique de ton père, tu sais à quoi t'en tenir, hein. Mais je crois qu'il n'a pas complètement tort. Et au fond, il a bon coeur, il ne veut de mal à personne, lui. Quant à toi, continue de jouer au football, chante si ça te dit, laisse les questions musicales à ceux qui n'ont que ça pour se faire voir.

 

Je ne voulais pas m'attarder sur ces histoires mais, tu vois, je ne maîtrise ni mon temps ni ma plume (ce n'est pas une plume, bien sûr, c'est un Bic Orange, la plume c'est pour le vieux style de ta vieille mère). Le courrier va partir, et je veux que tu reçoives ma lettre avant ton retour. Je finis.

 

Bon courage pour le match. Nous t'attendons avec impatience.

 

Tu n'en souffles mot, j'espère pourtant que tu fais bien ta prière tous les soirs. Prie pour ton père autant qu'il prie pour nous et ce sera bien.

 

                                                                                                                                                  Ta maman qui t'aime.

Publié dans Famille

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