Tournicoti-tournicoton.

Publié le par Jack Cegayla

 

Les pages 14 et 15 du Monde de demain intriguent. Un fil - lacet? câble? - les traverse du bas gauche au haut droit. Serait-ce une chaîne ou un cheveu échappés du stagiaire préposé au scannage du journal? Le lecteur en ligne qu'est votre serviteur zoome et se rend compte que non : la mise en page et la morphologie des paragraphes s'adaptent au serpent. Il tourne la page, comme le parasite semble y engager, et voit le facétieux filament continuer sa route, traverser tranquillement la page 16 jusqu'à alimenter page 17 l'ampoule d'une publicité pour un groupe électrogène.

 

Ainsi, non contents d'influencer l'enchainement des rubriques en squattant pages et doubles-pages, de mitiger l'engagement d'un journaliste en juxtaposant à son article son antithèse en couleurs (voir par exemple la page 7 de la même édition), les publicitaires se sont aussi attribués le droit de mise en page. Sous prétexte de créativité et la main à la poche, ils ordonnent les colonnes, commandent les lignes, décident les césures. Pour le plaisir du lecteur, il reste les slogans.

 

Mais imagine-t-on ce soir un tube de dentifrice géant aller percuter Franck Ribéry en plein débordement? ou un pénalty retardé par un mur en carton-pâte positionné devant le but? A quand une voiture de sport lancée dans un slalom à toute allure entre les joueurs tentant avec plus ou moins de bonheur de réaliser ce pour quoi les spectateurs sont venus?

 

Rêvons d'un jour où les médias ne seront plus que publicité. Rêvons enfin de ces médias qui n'auront plus de public. Messi reviendra jouer dans les arrière-cours, les spectateurs iront chercher les ballons sortis en touche, nous lirons dans le sable des articles sensés; puis tout s'effacera.

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