Triste plaisir.

Publié le par Fabrice

Acteurs, présentateurs, politiques, artistes, sportifs, tous des jouisseurs avérés, paraît-il. Nous voulons bien le croire, et loin de nous l'idée de leur en faire le reproche : au fond, ils ont l'argent, ils ont la gloire, devraient-ils être les seuls à s'empêcher d'en profiter ?

 

Pourtant malgré leur position de force économique et médiatique, qui devrait leur ouvrir grandes les voies du plaisir et peut-être, ô mot damné ! du plaisir, il nous semble que la joie, la vraie joie simple et naïve, le délice de vivre ces instants que nous pouvons parfois leur envier, il nous semble que cette joie leur est inconnue.

 

Voyez monsieur Taiwo, tout juste vainqueur de la coupe de la Ligue, unique marqueur donc héros de la finale. Que ne se jette-t-il pas dans les bras de ses coéquipiers ? Que ne lève-t-il pas les bras au ciel ? Que ne vole-t-il pas le trophée à son capitaine pour courir seul autour du terrain ? Non, il préfère s'emparer d'un micro pour insulter une autre équipe. Faut-il être bien insatisfait, ou faut-il avoir honte ou peur de son propre plaisir pour le transformer ainsi en agressivité. Idem pour ces complaisants supporteurs marseillais jubilant d'entendre ainsi le vieil ennemi conspué. Il arrive que nous regrettions les interminables embrassades qui ponctuent de nos jours le moindre but.

 

Voyez encore monsieur Bern, animateur radio, télé, fan des petits plateaux et du grand monde. Lorsqu'on lui a demandé hier pourquoi il avait accepté de commenter le mariage du prince William, il a répondu : "On ne me propose jamais de commenter les matchs de foot alors que je suis obligé d'en avaler une vingtaine par semaine." Question suivante : "Seriez-vous capable de commenter un match de foot ?" Et la réponse cinglante : "Non, d'ailleurs ça ne m'intéresse absolument pas." Et de continuer sur la surretransmission du football à la télévision française etc. Enfin : "Donc, j'en profite." Il en profite même largement pour émettre des doutes quant aux capacités de la commentatrice choisie par la chaîne W9 de faire le même travail que lui Stéphane.

 

Pourquoi Stéphane Bern, qu'on sentait excité comme un pou par l'événement, n'a-t-il pas commencé par exprimer son enthousiasme ? En chargeant le football, qu'il n'aime pas contrairement à des millions de Français, croit-il revaloriser l'intérêt pour ce mariage princier, qu'il attend impatiemment au contraire de millions de Français ?

 

Le plaisir serait-il devenu une compétition ? Sa récompense n'en est plus la joie mais un vague ressentiment, une illusion de supériorité. Du néant.

Publié dans Erotisme

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