Victoire ? Победа !

Publié le par Back U'nine

Moscou, Paris, désespérants contrastes. Nord, Sud ? Est, Ouest. Rappelons-nous, il y a soixante-six ans : alliés, vainqueurs. Oui, vainqueurs.

 

Ici, Moscou, 9 mai, jour de fête. Défilé militaire et vitrines parées d'affiches grandiloquentes. Les cocardes rayées orange et noir ornent sacs, boutonnières, rétroviseurs, antennes, poignées de portes : la population entière se décore de l'ordre de saint George exterminateur de dragons. La dictature, la propagande, la guerre civile et l'explosion de l'économie n'ont pas pu faire oublier aux Russes qu'en dépit de l'incompétence de Staline, il y a soixante-dix ans, le peuple s'est levé pour repousser l'envahisseur fasciste.

 

Oui mais ici, Paris, 8 mai et calme plat. On ne fête pas, ici, on commémore. Foin des défilés, foin des feux d'artifice : gerbe et discours présidentiels pour unique réjouissance populaire. Ô Russes, peuple naïf ! Car nous savons, nous, qu'en fait d'emmédaillés, de résistants, de justes, il y avait là son lot de communistes, nationalistes, régionalistes, indépendantistes, vichystes, collabos, salauds, cocos. Pas mieux les uns, pas pires les autres. Oui, nous savons qu'il faut trier, mais que le tri est impossible. Arrière-pensées, arrière-cours, doubles fonds, doubles peines, agents doubles. Alors nous, Français, peuple moral, nous repentons : vainqueur - un peu, nous en sommes tellement conscients - du nazisme, nous battons notre coulpe et crions d'un tout autre plaisir que vous.

 

Ici, Moscou. Tout n'est pas rose quand même. Bien sûr les emmédaillés - héros, salauds, qui compte encore ? - se tripotent la breloque sur les boulevards depuis deux semaines : à leur âge, on en est à compter les jours de soleil. Bien sûr certains vétérans, le coeur pincé, fêtent l'atroce souvenir "d'un verre de vodka et de quelques larmes". Sûr que les millions seraient mieux dépensés en cours d'Histoire qu'en histoires de Cour. Et peut-être bien que fontaines illuminées toute la nuit, concerts, gradins, chars à pleine bourre et fusillades pyrotechniques ne sont pas si nécessaires. Mais qui crachera sur un peu de liberté, une belle journée de printemps, une partie de campagne ponctuées de pétards officiels ?

 

Nous sommes en France par trop heureux et tellement sages que tout cela... allons... quels enfants vous faites ! Nous n'avons pas eu de guerre, nous, de Tchétchénie, d'Afghanistan. Nos interventions militaires sont lointaines, justes, pacifistes - modernes : maintien de l'ordre, bons sentiments, coalition, ONU. Trop peu de morts à ronger, de sang à éponger, de plaintes à ruminer. Trop peu d'ennemis pour que la paix nous soit encore chère.

 

Nous cherchons toujours le grand frisson qui nous fera sentir notre malheur. Les peuples heureux n'ont pas d'histoire. Aïe, sortis de l'Histoire... Africains sommes-nous devenus ? Non ! L'ennemi est à l'intérieur. Il est black, il est grand. Quotas ! Oui, passons les fêtes victorieuses à chasser le raciste, à chasser l'anti-raciste, à fantasmer les phrases, les projets, les futures étoiles jaunes et les croix honorifiques. Réinventons la haine, redécouvrons la honte. Vous êtes naïfs, soyons stupides, soyons bêtes. Vomissons-nous, entre nous, nous sommes si bien entre nous. N'écoutons pas, de peur de découvrir des coeurs mieux intentionnés que ce qu'il nous faut croire. Nous avons officialisé Céline : qu'il ait raison !

 

Feu d'artifice.

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