Dieu fait pape. (2/2)

Publié le par Julababa

 

Le premier à dispenser la Bonne Parole fut Zinédine Zidane. Zidane appelé pour prêcher l'amour du maillot bleu, c'est un peu Mars convoqué dans un camp militaire pour redonner un moral d'acier à casque et pilum. Zidane, c'est l'idole, c'est la légende, c'est un dieu vivant. Zidane a effacé Platini, comme Jésus a éclipsé Moïse. Moins d'un an après le centre au troisième poteau signé par David Ginola, Zinédine Zidane débuta en Equipe de France par deux missiles, l'un du pied gauche, l'autre de la tête.  La tête et les jambes, l'âme et le corps. Sana mens in corpore sano. Le mystère était en marche. Zidane est plus que le symbole de l'époque dorée qui s'est achevée il y a quatre ans, il est cette époque, c'est lui qui a donné son nom à l'équipe de France pendant vingt ans. La France ne vécut que par lui. Qu'il se blessât et on ne respirait plus. Qu'il grimaçât et on désespérait de la victoire. Mais lorsqu'il était au sommet, on ne pouvait que gagner.
 
Personne ne pourrait être mieux choisi que lui si sa quasi-divinité ne l'excluait précisément de ce rôle. Zidane a pendant plus de dix ans été porté aux nues tant pour son talent que pour son comportement extra-sportif. Il est l'homme aux pieds d'argent et au coeur d'or. Du lourd ! Celui qui a appris à jouer dans la rue, à l'époque où ses parents immigrés lui inculquaient les valeurs : travail, humilité, respect, bref les vertus cardinales d'un ministre de la République ou du gendre idéal. Il a donné au football tout ce qu'il a voulu, et même plus ; est-ce à lui de proposer l'explication de son propre texte ?
 
Un dieu, vivant, mort ou ressuscité, ne prêche pas. Dieu allume une flamme, et qu'on la voie ou non, qu'on l'entretienne ou non ne le concerne pas tellement. Le garant de la doctrine n'est pas Dieu mais le Pape. C'est bon pour les évêques, les pères-la-morale, les frères Christophe ou Franck ou Bixente de prêcher, de juger, d'excommunier, de faire des bulles. Mais Dieu ! Les muets seuls, ceux qui n'ont rien à dire, répètent ce qu'ils ont entendu, et répètent encore. Zidane organisant des séminaires sur le thème "Comment refaire France98 dix ans plus tard", c'est Jésus catéchisant à l'aéroport Ben Gurion.
 
Zidane dans le rôle du professeur nie tout ce qu'il a été : le numéro 1, celui à qui on pardonne tout parce qu'il est différent, au-dessus, plus fort. D'un seule coup il se plie à l'image lisse qu'on se complait à transmettre de lui. Or, demander à celui qui a terminé sa carrière sur un coup de tête de prêcher le respect du maillot et de l'institution est aussi incongru que demander de raccommoder les familles à Celui qui dit : "Je suis venu mettre en lutte le fils avec le père, la fille avec sa mère, la belle-fille avec sa belle-mère. On aura pour ennemi les gens de sa propre maison." (Mat., X, 35-36) A moins de rechercher avant tout l'ordre et la bonne morale et de faire passer le Coeur et la Vérité à pertes et profits.
 
Zinédine Zidane n'a plus rien à apporter en tant que joueur. Il peut être l'icône qui récolte des fonds pour les oeuvres de charité. Il connaît le football et peut sans doute conseiller les recruteurs du Real Madrid. Devenir entraîneur ? Pourquoi pas, à condition de se mettre au travail. Mais faire le joueur, non, c'est terminé. Il a ressuscité une fois, déjà, et a offert au Monde et à la France un mois de folie. Tenter de ressusciter le passé ? Sommes-nous si vieux que cela pour n'avoir d'autre avenir que la nostalgie ?

Publié dans Religion

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