Sauvé in extremis.

Publié le par Jimmy Rocaille

Ça, Jean-Eudes, petit chenapan, bougre de cachottier, tu nous as bien eus. Tous bernés, nous l'avouons de bon coeur. Nous qui croyions devoir nous apitoyer sur ton sort, nous inquiéter de ton silence et - pire! - du silence de possibles futurs employeurs de tes talents, nous ignorions la trame de ton avenir.

Oui, tu construis ton site internet, mais ce n'est que façade, nous le comprenons maintenant. Comment n'avons-nous pas pensé que tu te servais de la toile pour tisser des liens, multiplier les contacts, développer tes projets et trouver une réponse à l'angoisse de ces questions: que faire? que m'est-il permis d'espérer? Nous ne pouvions savoir...

Non, nous ne pouvions pas savoir que tu ouvrais en même temps des fenêtres par douzaines, que tu cherchais comme cherche ta génération - hypertextuellement, de lien en lien, de wiki en wiki, de site en site, sautant de ci, de là, de photo en vidéo. Or tu t'es laissé emporter par un algorithme de recherche pour échouer sur un forum. Là, tu as trouvé.

Oui, mon Jean-Eudes, au cours d'une de ces longues et blanches nuits tu as trouvé! Oh, ça ne ressemblait pas à grand-chose, de l'extérieur; ce n'était apparemment que l'annonce d'une nouvelle émission de télé-réalité. Mais cette banalité même te toucha au plus profond de ton âme: lorsque les vidéos de présentation des candidats eurent fini de défiler devant tes yeux, tu t'es écrié - nous l'entendons d'ici: "Gloire!" Ton horizon s'était éclairci, tu étais entré dans un autre monde.

Car tu as vu d'autres toi, mon Jean-Eudes. De jeunes Français, comme toi, habillés, coiffés, bijoutés comme pour te rencontrer; à la mode, bien sûr, et les dents aussi blanches que les tiennes, le sourire charmeur et un regard de conquérant. Serveurs, DJs, mannequins, ils se sentent à l'étroit dans leur patelin terne et sans vie; il leur faut de la place et du soleil pour briller de mille gloires: ils ont décidé de partir tenter le destin à Ibiza. N'est-ce pas un peu ton histoire qu'ils t'ont renvoyé? Depuis combien de temps te dis-tu que le PSG n'est pas pour toi, que tu t'y sens brimé par le public, pressé par l'entraîneur, gêné par tes partenaires? Jallet, Chantôme, Gameiro, Matuidi ne te ressemblent pas: vous ne parlez pas football avec le même accent. S'il faut maintenant subir Pastore...

Où trouver alors ces Vincent, Daïna, Christopher, Jordan, Alex, Gaelle? Non pas eux-mêmes, sans doute - qu'irais-tu faire à Ibiza? - mais leurs semblables, mais leurs frères? Ils te le crient à longueur de vidéo: "Dans le Nord!" Oui, le Nord, patrie auto-proclamée des bonnes gens et des coeurs simples. Le Nord où, preuve de tolérance, on ne dit pas "beauf" mais "ch'ti" et on en est fier! Là-bas, plus encore que faire la fête on adore prétendre la faire mieux que les autres. Oui, Jean-Eudes, tes yeux peuvent s'éblouir: ce pays est fait pour toi, jeune homme!

Alors, quand Gervais Martel, président du RC Lens et ministre du sport à Ch'tiland, t'a contacté pour t'embaucher, pouvais-tu refuser? Tu es maintenant joueur lensois, prêt à faire chavirer Bollaert? Un conseil pour la route: tu as le style pour réussir dans les boîtes de Tourcoing, mais attention, garçon, soigne ton accent! Ta ch'tification est à ce prix.
 
 
Au fait, il y avait du football ! Si, si, du football.
Russie 1 - Macédoine 0
(Bande-son: Jacques Brel, "Jef")

Publié dans Famille

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