Les risques du plaisir.

Publié le par Julababa

A qui n'est-il jamais arrivé de désirer la fin d'un match ? Non que son équipe jouât mal ; non que le spectacle fût mauvais ; mais le score importait plus que le jeu : le tableau d'affichage annonçait un score favorable... si seulement il en restait là. Parfois un match ne se joue pas, il se gagne.

 

Quel supporteur de l'équipe de France n'a pas désiré, ne serait-ce qu'une seconde, que la vingt-septième minute de France-Brésil en 1998 fût la dernière ? Bien sûr, aujourd'hui, tous se délectent des quatre-vingt-dix minutes et des trois buts qui permettent aux Français de se croire jusqu'à maintenant une grande nation de football, et c'est un plaisir de se souvenir du plaisir qu'on prit alors. Mais alors, voulait-on de ce plaisir ?

 

A-t-on préféré le match ou l'ivresse de la troisième mi-temps ? Saint-Denis ou les Champs-Elysées ? Le plaisir ou la jouissance ?

 

Le plaisir marche constamment escorté de craintes : crainte de la défaite, crainte de ne pas tenir jusqu'au bout. L'excitation procède de l'incertitude ; plus celle-ci se prolonge, plus le plaisir est intense... et plus il désire finir. Jouir du résultat, crier, s'oublier, se relâcher, se perdre.

 

Prendre les trois points : l'impératif économique de notre société qui n'approuve le plaisir que s'il mène à la jouissance, à l'orgasme. Rapporter quelque chose, trois points ou un trophée mouillé de sueurs, c'est pareil : trois points dans la course au titre valent autant que le titre lui-même - une ligne de plus au palmarès.

 

Mais quand la jouissance s'est éteinte, quand on l'a tellement pressée, quand on s'en est tant vanté que l'orgasme est oublié, parfois on se rappelle le plaisir qu'on a pris. Malgré soi.

Publié dans Erotisme

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