A mort l'arbitre.

Publié le par Lucie Lassie

Les arbitres ne sont pas loin de pouvoir prétendre au titre de profession la plus héroïque et la plus subversive de notre temps. Solitaires, isolés, haïs, attaqués même par leurs instances tutélaires, ne sont-ils pas les Achilles modernes ? Attachés au règlement, responsables de la santé des joueurs sur le terrain, ils doivent tenir contre vents et marées et contre la subtile logique impliquant qu'ils ont toujours tort.

 

Invectivés par les supporteurs partisans, contestés par les joueurs, tournés en bourrique par d'anciens collègues, mis en concurrence les uns avec les autres et les autres, bientôt, avec des caméras, ils se retrouvent régulièrement associés au destin d'un match : but non-valable, faute non-sanctionnée, carton injuste ou décision trop clémente, l'erreur d'arbitrage est le vingt-troisième homme d'un match de football.

 

Le problème de l'arbitre est qu'il est seul (enfin, quatre, si on compte les manchots porte-drapeau et le cerbère de service) pendant que les joueurs sont deux fois onze, les dirigeants une centaine, les supporteurs quelques milliers et que des millions suivent encore. L'arbitre a le micro et l'oreillette, les supporteurs le porte-voix, les médias l'oreille du peuple. Chacun dans son camp, la balle au centre.

 

Or, si d'un côté le juge restreint sa marche de manoeuvre au respect des principes justifiant sa présence - le règlement, les lois du jeu - de l'autre côté sont développés des trésors d'ingéniosité pour la limiter plus encore voire la supprimer.

 

L'instauration de caméras, telle que présentée par ses partisans, vise à fonctionnariser toujours plus le rôle de l'arbitre qui se contenterait d'enregistrer et d'officialiser la décision mise en évidence par l'image vidéo : c'est bien connu, nous disent-ils, une image ne se contredit pas. Argument imparable, puisque avancé au nom du Règlement, au nom de la Justice, au nom des intérêts supérieurs du Football. Au nom, aussi, du phantasme populaire de l'unanimité : un jour viendra où nous serons tous d'accord (principe en contradiction, entre autres, avec la sacro-sainte démocratie et avec l'idée même de sport, passons).

 

Et au nom du spectacle. Ce même spectacle dont l'arbitre du match  France-Brésil, mercredi, nous aurait privé en expulsant le Brésilien Hernanes. Un France-Brésil est trop rare pour qu'un chien-chien à son règlement nous le gâche par un carton rouge ! Pensez-vous : un coup de crampons dans la poitrine, c'est dangereux en finale de coupe du monde, pas entre adultes consentants. Un match amical, c'est un laboratoire d'idées, un coup d'essai, le résultat importe peu : même la défaite ne peut pas faire de mal. Alors un coup de pied à deux centimètres de la clavicule, pensez-vous !

 

Non, ce match nous prouve bien qu'on s'en sortirait mieux sans arbitre. On aurait eu un beau match, des centres, des tirs, des buts, même Gourcuff aurait été bon.

 

Il y a un sport où tout le monde est toujours d'accord : la corrida. Il n'y a pas d'arbitre.

 

 

Quand on parle du loup :

France 1 - Brésil 0

(Bande-son : Gustav Mahler, "Symphonie N°2"

Filmographie : Jean-Pierre Mocky, "A mort l'arbitre", à qui nous empruntons le titre de cet article et la référence finale - quoique modifiée - à la corrida.)

Publié dans Droits

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harry 16/02/2011 17:03


Mr Foote, vous êtes un SALAUD !!!!

http://www.bequiz.com/?idf=363886


Deux pieds décollés 15/02/2011 11:34


SURTOUT les parents.
J'avais écrit un article dans lequel je supposais que le football fonctionne moins grâce aux arbitres, qu'à leurs dépends.
Mais tout cela doit nous conduire à la question suivante : pourquoi décide-t-on d'être arbitre? Quel est le ressort de la motivation, la pulsion secrète, cachée aux arbitres eux-mêmes?


tartie 13/02/2011 14:09


moi qui vais voir mes gamins jouer au foot et au hand, je confirme : les arbitres en prennent plein la figure, même les parents se déchainent