Qu'il ne s'est rien passé.

Publié le par Fabrice

Monsieur Thuram n'en finit pas de se reconvertir en Don Quixote. Il sent bien que ses petites lunettes lui donnent l'air d'une fine lame. L'air, seulement. Citons cet avocat des braves et des minorités visibles dans l'affaire qui agite madame Jouanno, la Fédération Française de Football et un certain nombre d'indignés de tous bords : "Les excuses n'ont pas été à la hauteur de ce qui s'est passé."

 

De la part d'un ancien défenseur international dont la longue carrière a entendu des centaines d'injures, de menaces et d'intimidations sans suite, nous nous attendions à plus de discernement. Car, monsieur Thuram, il ne s'est rien passé.

 

Oui, il y eut des mots, monsieur, et même des phrases. Et des idées sans doute offensantes, sûrement honteuses. Oui, dire qu'il y a trop de grands noirs en équipe de France est d'une bêtise affligeante. Mais ces âneries constituaient-elles un discours ? S'adressaient-elles à un public, à vous, à nous, au peuple ? Étaient-elles seulement un projet ?

 

Monsieur Thuram, vous vous présentez comme une personne posée, mesurée, raisonnable, clairvoyante, il doit donc vous arriver de vous asseoir à une table, seul, et de réfléchir. Vous pesez sans doute les arguments, pro et contra. Retenez-vous toujours tous les arguments qui sortent de votre tête bien faite ? Ne vous étonnez-vous jamais de l'inanité de certaines idées ? N'êtes-vous jamais révolté par certaines autres qui vous traversent l'esprit ? Ne vous arrive-t-il pas de trouver retors et vilain, après examen, ce qui avait pu vous sembler d'abord brillant et honnête ? Jugeriez-vous fondé qu'on vous fasse un procès à cause de ces idées ?

 

Suivre les médias de masse et leurs indignations de bon aloi est de plus en plus rarement une preuve de sagacité. A quoi bon se ruer sur la moindre phrase sortie de la moindre réunion de travail ? Que n'a-t-on pas encore appris à distinguer entre certaines bêtises échappées à bâtons rompus au cours d'une discussion, des gouailleuses offenses de certains hommes d'Etat : aussi off que les premières, ces dernières cependant font écho à une politique réellement discriminatoire et réactionnaire. C'est là que quelque chose se passe.

 

Mais les mots, monsieur Thuram, ne sont pas des actes ! Est-ce pour ne pas l'avoir compris que vous avez quitté la FFF il y a six mois ? Croyiez-vous vraiment être plus utile à pérorer dans les médias qu'à garder les fous dans les bureaux, rue de Grenelle ? Si certains s'engageaient plus et s'indignaient moins, certains crêpages de tonsures nous seraient évités, dont notre football se passerait bien.

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Deux pieds décollés 06/05/2011 22:41


Bravo!